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01 April 2026
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À Bongouanou, dans la région du N'Zi, l'or est une affaire de tous. Les hommes arrivent sur les sites tôt le matin, les outils à la main, et ils creusent. Certains ont des papiers. Beaucoup n'en ont pas. Pendant longtemps, N'Guessan Eba Jean Pierre faisait partie des seconds.
Il le savait. Il n'en était pas fier. Mais c'était sa réalité.
Dans sa zone, l'orpaillage artisanal fait vivre des familles entières. On apprend le métier sur le tas, en regardant les autres, en essayant, en se trompant. Il n'y a pas de manuel, pas de formation, pas de règles vraiment appliquées. On cherche l'or, on le vend, on revient le lendemain. Les questions de sécurité, d'autorisation ou d'impact sur l'environnement — personne n'en parle vraiment. Pas parce que les gens s'en fichent, mais parce que personne ne leur a jamais expliqué pourquoi ça comptait.
Jean Pierre évoluait dans ce monde-là. Clandestin, sans protection, sans cadre. Les équipements de sécurité étaient rares sur les sites. Le mercure, utilisé depuis des années pour récupérer l'or, circulait sans que personne ne sache vraiment ce qu'il faisait aux corps et aux rivières. « On travaillait sans encadrement. On ne connaissait pas vraiment les risques, ni les règles », dit-il aujourd'hui.
Le déclic arrive avec les chantiers école de Bozi.
Jean Pierre intègre ces sessions de formation pratique, organisées pour les artisans miniers de la région. C'est une première pour lui. On ne lui parle pas de son métier comme d'une activité tolérée, qu'il faut cacher ou minimiser. On lui parle de techniques, de méthodes, de façons de travailler qui protègent les hommes et le sol. Il découvre qu'il existe des alternatives au mercure. Il comprend pourquoi le casque et les gants ne sont pas des contraintes, mais des protections réelles. Il voit, pour la première fois, à quoi ressemble un site minier organisé.
« C'est là que j'ai commencé à comprendre qu'on pouvait travailler autrement. »
Cette formation change quelque chose dans sa tête. Pas du jour au lendemain — rien ne fonctionne comme ça dans la vraie vie. Mais une idée s'installe : il peut faire les choses différemment. Il peut sortir de l'informel. Les démarches, avec le bon accompagnement, sont accessibles. Ce qui manquait avant, c'était quelqu'un pour le guider pas à pas. Èle projet planetGOLD Côte d’Ivoire a joué ce rôle. Et il obtient son autorisation officielle d'exploitation. Après des années dans l'illégalité, il a un statut. Il existe aux yeux de l'État.
C'est à cette étape que le projet planetGOLD Côte d'Ivoire entre dans son parcours.
Financé par le Fonds pour l'Environnement Mondial et mis en œuvre par le PNUE en partenariat avec les ONG CASE et IMPACT, le projet ne se contente pas d'une intervention ponctuelle. Il accompagne Jean Pierre dans la durée, avec des formations sur les dangers du mercure, sur les équipements de protection individuelle, sur la santé et la sécurité au travail. Des sessions concrètes, ancrées dans les réalités du terrain, loin des discours abstraits. On lui montre des cas réels. On lui explique ce que le mercure fait à un rein, à un foie, au cerveau d'un enfant qui grandit près d'une rivière contaminée. Il écoute. Il apprend. Et il change ses pratiques.
Mais planetGOLD va plus loin. Le projet l'accompagne dans quelque chose de plus exigeant encore : se structurer collectivement. Apprendre à travailler non plus seul, mais avec d'autres. Partager des responsabilités. Construire une organisation qui dure.
Jean Pierre franchit le pas. Il crée la coopérative N'ZI GOLD RESSOURCE. Il en devient le président.
Ce nouveau rôle change tout. Il ne représente plus seulement ses propres intérêts — il représente ceux de ses membres. Il prend des décisions qui ont des conséquences sur d'autres personnes. Il doit rendre des comptes, organiser des réunions, gérer des conflits, planifier. C'est un autre métier, presque. Alors il continue de se former. Gouvernance coopérative, gestion commerciale et financière, organisation interne — des compétences nouvelles pour un rôle nouveau. « Aujourd'hui, je veux que les autres aussi comprennent ce que j'ai appris. On peut réussir en respectant les règles. »
L'étape suivante est déjà tracée. planetGOLD prépare une mise en relation de la coopérative avec des institutions bancaires, pour que N'ZI GOLD RESSOURCE puisse accéder à des financements formels. Investir dans du matériel. Améliorer les conditions de travail. Créer plus d'opportunités pour les membres. Dans un secteur où les banques regardent rarement du côté des orpailleurs artisanaux, c'est un horizon rare et concret.
« Si on a accès à des financements, on pourra faire grandir la coopérative et créer plus d'opportunités pour les membres. »
Jean Pierre n'a pas changé de région. Il n'a pas changé de métier. Il creuse toujours dans la même terre, sous le même soleil de Bongouanou. Mais ce qu'il a construit autour de cette activité — un statut, une structure, un collectif, une vision — ne ressemble plus du tout à ce qu'il avait il y a quelques années, quand il plantait sa pioche dans le sol sans que personne ne sache ni ne se soucie qu'il était là.
Aujourd'hui, on le sait. Et lui aussi, il sait où il va.
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