Formation in situ à Bidiala-Bobosso

Santé reproductive et mercure : Les artisans miniers de Bidiala-Bobosso formés aux conséquences de l’utilisation du mercure pour la protection de la famille et des générations futures.

News

02 October 2026

Knowledge Areas:

Countries:

Dans les communautés minières, hommes et femmes participent aux activités de traitement de la mineraie, le lavage et sont exposés à un environnement de travail marqué par la contamination de métaux lourds tels que le mercure. Dans ces conditions, les questions liées à la fertilité, à la grossesse et à la santé de l'enfant à naître ne peuvent être dissociées des enjeux de santé au travail et de protection de l'environnement.

 Du 29 septembre 01 octobre 2026 à la place publique de Bidiala-Bobosso, dans la sous-préfecture de Tendéné-Bambarasso, une formation in situ destinée aux acteurs de l'exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE) à portée sur la santé et environnement dans l'EMAPE avec une quinzaine de femmes artisanes minières sur trente (30) artisans miniers présents. 

Organisée par PlanetGOLD Côte d'Ivoire, en collaboration avec le Ministère de la Santé, de l'Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, et animée par le Dr KOFFI Claude François, de la Direction de l'Hygiène publique et de la Santé environnementale, la séance a permis d'aborder un aspect essentiel : les effets de l'exposition au mercure sur la santé reproductive et les risques pour le développement de l'enfant. 

Du corps de la mère au développement de l'enfant 

À Bidiala-Bobosso, comme sur tout autre site minier artisanal, les femmes occupent une place importante dans les activités d'exploitation et de traitement de l'or. 

Tout comme les hommes, elles interviennent dans les différentes étapes de la chaîne de traitement du minéral (le concassage, le broyage, le tamisage, le lavage et la concentration), et sont ainsi en contact avec les minéraux, les boues et l'eau. 

Selon les pratiques utilisées sur les sites, elles peuvent également être exposées au mercure, notamment lors des opérations d'amalgamation et de récupération de l'or. Leur exposition ne se limite donc pas aux risques liés à leur présence sur les sites : elle peut également entraîner des conséquences sur leur santé reproductive et, en cas de grossesse, sur le développement de l'enfant.

 Le mercure peut atteindre l'organisme par différentes voies, notamment par l'inhalation de vapeurs lors de certaines opérations, mais aussi par la contamination de l'environnement et de la chaîne alimentaire. Selon sa forme et la voie d'exposition, il peut affecter plusieurs organes, notamment le système nerveux et les reins, mais aussi la santé reproductive. 

Chez la femme, l'exposition constitue ainsi un enjeu particulier en raison des effets potentiels sur la grossesse, le placenta et le développement du fœtus. Le risque ne s'arrête donc pas au travailleur directement exposé. Lorsqu'une femme enceinte est exposée au mercure, les conséquences potentielles peuvent concerner également l'enfant à naître.

 La prévention doit ainsi prendre en compte les réalités des femmes qui travaillent dans l'EMAPE : les tâches qu'elles accomplissent, les conditions dans lesquelles elles les réalisent et les moyens dont elles disposent pour réduire leur exposition.

 Pour le formateur, l'enjeu est surtout de faire de la prévention un réflexe : « Il faut que chaque femme puisse identifier les situations qui l'exposent au mercure et adopter les bons gestes pour protéger sa santé et, lorsqu'elle est enceinte, celle de son enfant.

 Une protection qui commence sur le site 

Face à ces risques, connaître les effets du mercure ne suffit pas. Encore faut-il savoir comment réduire l'exposition des travailleurs, des communautés dans les pratiques quotidiennes. Sur les sites miniers, la première mesure consiste à réduire, voire éliminer l'utilisation du mercure et à privilégier, des procédés de récupération de l'or sans mercure. 

La protection passe également par des gestes simples : 

  • éviter le contact direct avec le mercure, 

  • utiliser des gants et des outils adaptés sur les sites,

  •  travailler dans des espaces suffisamment ventilés 

  • et ne pas ramener à la maison des vêtements ou du matériel contaminé. 

Ces précautions sont particulièrement importantes lorsque des femmes ou des enfants vivent à proximité des zones de traitement. 

Pour les laveuses et laveurs de minérales, cette prévention doit également s'accompagner d'une attention particulière à l'hygiène : 

  • ne pas manger sur les zones de traitement, 

  • se laver soigneusement les mains avant de manger, 

  • éviter de porter les mains ou des objets contaminés à la bouche 

  • et séparer les vêtements de travail des vêtements utilisés à la maison. 

Enfin, lorsqu'une femme est enceinte ou envisage une grossesse dans un environnement exposé au mercure, la réduction de l'exposition doit devenir une priorité, et ce dès la période précédant la grossesse et pendant toute la période prénatale. 

L'information sur les risques, l'orientation vers les services de santé et, lorsque cela est indiqué, l'évaluation de l'exposition permettent de mieux protéger la mère et l'enfant. 

Cette évaluation peut notamment reposer sur une biosurveillance du mercure à partir d'échantillons de sang, d'urine ou de cheveux, le choix de la méthode dépendant notamment de la forme du mercure et de la voie d'exposition. 

Une mobilisation féminine contre le mercure à Bidiala-Bobosso 

À Bidiala-Bobosso, ces enjeux ont particulièrement retenu l'attention des 30 artisans miniers dont 15 femmes présentes à la formation consacrée à l'impact sanitaire du mercure.

 La forte mobilisation féminine notée lors de cette rencontre, a donné une dimension particulière aux échanges notamment autour des voies d'exposition au mercure, de ses effets sur la santé reproductive, de la grossesse et du développement de l'enfant, mais aussi des pratiques de travail susceptibles d'exposer les femmes dans les différentes étapes du traitement du minéral. 

Elle montre que la prévention sanitaire ne concerne pas uniquement la sécurité du travailleur sur le site, mais aussi la protection de la santé des femmes et, au-delà, celle des générations futures. Cette approche permet de mieux intégrer la dimension genre dans les questions de santé liées à l'EMAPE.

 Il ne s'agit pas seulement de considérer les femmes comme un groupe vulnérable, mais de comprendre leur rôle dans la chaîne de production, leurs conditions de travail et les risques auxquels elles peuvent être confrontées. Mieux protéger leur santé, c'est aussi contribuer à protéger la santé des générations futures. 

En rapprochant l'information sanitaire des lieux et des réalités de l'EMAPE, la formation in situ contribue ainsi à faire évoluer les pratiques là où l'exposition se produit. Réduire l'exposition aujourd'hui, c'est aussi contribuer à protéger la santé de demain.

Add new comment

Your email will not be displayed publicly.

CAPTCHA