Voices
01 October 2024
À l’aube, alors que la lumière du jour commence à peine à effleurer les collines de la sous-préfecture de Pakouabo, Eloi K. démarre sa journée avec une détermination inébranlable. Les premiers rayons du soleil ne font pas encore leur apparition, et le site minier dans la ville de Bouaflé est plongé dans une semi-obscurité. Le travail commence avant que le jour ne soit complètement levé. Eloi, orpailleur expérimenté, s’engage dans la routine quotidienne qui mêle force physique et endurance mentale.
Chaque matin, il se rend au site avec ses outils rudimentaires : une pelle, un seau et une pioche. "Je creuse et fais remonter le minerai, qui sont envoyé chez les "kolikêla" (en dioula, langue locale, signifie les laveurs ) qui se chargent de les laver, les examiner pour en extraire l’or," explique-t-il en ajustant son chapeau pour se protéger des rayons du soleil brûlant. Les heures passent vite dans le tumulte du travail. Le sol est dur, souvent détrempé par les pluies précédentes, et chaque coup de pioche demande un effort considérable. Le travail d’Eloi est loin d’être facile. Creuser des galeries jusqu’à 12 mètres de profondeur est une tâche ardue, nécessitant non seulement de la force physique mais aussi une résistance mentale face à l’incertitude constante des résultats. "Les conditions sont extrêmement dures. Il faut souvent creuser dans des endroits étroits et instables," raconte-t-il. Eloi et son équipe travaillent en harmonie : pendant qu’il creuse, ses collègues s’occupent du lavage et du tri du minerai. Cette coordination est essentielle pour maximiser les chances de trouver de l’or.
"Chaque jour est un nouveau défi," dit Eloi avec une voix empreinte de résilience. Le travail est fait dans des conditions souvent éprouvantes : chaleur intense, poussière, et le danger constant de chutes ou d’effondrements. Eloi affronte ces défis avec une détermination silencieuse, conscient que chaque effort contribue à la survie de sa famille. Le principal obstacle pour Eloi est l’incertitude des revenus. Les fluctuations sont notables : certains jours, il peut rentrer avec seulement quelques grammes d’or, tandis que d’autres jours, il rentre les mains vides. "Il y a des jours où je trouve à peine un gramme, et d’autres où je ne trouve rien du tout," explique-t-il. Cette variabilité rend la gestion des finances particulièrement difficile.
"Quand je trouve de l’or en quantité suffisante, je peux gagner entre 25 000 et 30 000 francs CFA par jour, mais ce n’est pas garanti. Les jours de vache maigre, il est courant de ne rien gagner," précise-t-il. Cette réalité économique instable peut peser lourd sur le moral, mais Eloi a appris à gérer cette incertitude. Il met de côté une partie de ses revenus lorsqu’il en a suffisamment pour faire face aux jours difficiles. Malgré les difficultés quotidiennes, la motivation du mineur de 32 ans provient de sa famille. "Je suis père de deux enfants, et ils sont ma plus grande source de motivation," dit-il avec un regard fier. Sa femme et ses enfants vivent dans un village voisin. Eloi travaille dur non seulement pour lui-même mais aussi pour assurer le bien-être de sa famille. "Avec les revenus que je gagne, je m’assure que ma femme et mes enfants aient de quoi se nourrir et vivre confortablement," explique-t-il. Ses enfants, encore jeunes, sont l’avenir qu’Eloi souhaite construire à tout prix. "Je rêve de pouvoir offrir à mes enfants une éducation et des opportunités que je n’ai pas eues," dit-il avec espoir. La perspective d’un avenir meilleur pour ses enfants le pousse à persévérer malgré les défis quotidiens.
Pour faire face à l’instabilité des revenus, Eloi a mis en place des stratégies de gestion financière. "Lorsque je trouve de l’or en quantité suffisante, je mets de côté une partie pour les jours où les trouvailles sont rares," explique-t-il. Cette prudence est essentielle pour naviguer à travers les périodes de vaches maigres. "Je gère mes économies avec soin. L’argent mis de côté me permet de traverser les moments difficiles et de faire face aux imprévus," ajoute-t-il. Les fonds économisés sont utilisés pour les besoins quotidiens de sa famille, ainsi que pour couvrir les frais de santé ou d’autres dépenses imprévues. Cette approche lui permet de maintenir un certain équilibre malgré les fluctuations des revenus.
La visite du site minier à Pakouabo a mis en lumière les défis rencontrés par des mineurs comme Eloi. Grâce au soutien que compte apporté le projet planetGOLD, des initiatives seront mises en place pour améliorer les conditions de travail et la sécurité des orpailleurs. Le projet planetGOLD prévoir d’introduire des formations sur les pratiques sécuritaires et les techniques d’extraction améliorées, contribuant ainsi à une meilleure gestion des sites miniers. Cette assistance sera précieuse pour les mineurs comme Eloi, qui espèrent des conditions de travail plus sûres et des revenus plus stables.
Eloi ne travaille pas en solitaire ; il fait partie d’une communauté d’orpailleurs où la solidarité joue un rôle important. "Nous nous soutenons les uns les autres. Lorsqu’un membre de l’équipe traverse une période difficile, nous nous aidons mutuellement," explique-t-il. Cette solidarité est essentielle pour surmonter les défis et maintenir un esprit de communauté au sein du site minier.L’espoir est également un moteur puissant pour Eloi. "Je crois en un avenir meilleur pour mes enfants et pour moi-même," dit-il avec conviction. Ses efforts ne sont pas uniquement motivés par la survie immédiate mais par un désir profond de changer la donne pour sa famille et pour les générations futures.
L’histoire d’Eloi Kouadio est un exemple poignant de la vie des artisans miniers à Bouaflé. À travers ses luttes et ses sacrifices, il incarne la résilience et le courage des hommes et des femmes qui travaillent dans l’ombre des montagnes pour une vie meilleure. Son quotidien est marqué par des défis immenses, mais sa détermination à améliorer la vie de sa famille reste inébranlable.
L’histoire d’Eloi est un témoignage de la force de caractère et de l’espoir qui animent les artisans miniers de Côte d'Ivoire.
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