Voices
15 October 2024
Originaire de l’ouest de la Côte d’Ivoire, Richard Douin n’a jamais véritablement choisi l’orpaillage. Né dans une famille aux moyens limités, il a grandi au milieu de l’exploitation minière artisanale, une activité omniprésente dans une autre région où il vivait. Très jeune, il fut contraint d’abandonner l’école, faute de moyens financiers. Chaque jour devenait une bataille pour se nourrir. "Je devais mendier les restes dans les restaurants pour ne pas mourir de faim," se souvient-il avec une amertume douce. Les difficultés de la vie l’ont poussé vers l’orpaillage, non pas par passion, mais par nécessité.
Lorsqu'il débuta, Richard n'était qu'un jeune garçon, souvent méprisé par les aînés. "On me narguait sans cesse. Parfois, après une longue journée de travail, on me privait de mon salaire, je n’avais droit qu’à de la nourriture," raconte-t-il. Le partage des gains était souvent inégal, et son manque d’expérience le rendait vulnérable aux abus. Mais, malgré ces obstacles, il tenait bon. Peu à peu, avec beaucoup de sacrifices, Richard commença à économiser et à acheter son propre matériel, lui permettant d’acquérir une certaine autonomie.
L’ascension de Richard dans l'artisanat minier a pris un tournant lorsqu'il décida d’hypothéquer la maison familiale pour financer ses ambitions. Ce choix radical lui coûta beaucoup : sa femme, incapable de supporter cette décision, le quitta. Richard et sa famille durent quitter leur maison à Angré, un quartier résidentiel d’Abidjan, pour louer une modeste demeure à Abatta, un petit village ébrié. "Je n'avais plus un sou, j’investissais dans l'acquisition d'un terrain propre à moi et dans la documentation pour obtenir les autorisations," raconte-t-il. Pendant que Richard peinait à obtenir les papiers nécessaires, des mineurs clandestins avaient déjà commencé à exploiter sa parcelle, creusant là où il rêvait de bâtir son empire.
L’orpaillage artisanal, s’il est bien formalisé, peut changer des vies. Je suis la preuve vivante que malgré les obstacles, on peut réussir."
Finalement, après des mois d’efforts, Richard obtint son autorisation. Mais le rêve ne se matérialisa pas immédiatement. "Les premiers jours, c’était comme si l’or me fuyait," dit-il en souriant tristement. Cependant, un jour, alors qu'il marchait sur son site désespéré, il trouva une pépite d’or. "Ce moment a changé la dynamique," se souvient-il avec émotion. Ses employés et lui-même jubilaient, pensant avoir enfin trouvé la clé de la réussite. Mais, malheureusement, cette découverte marqua le début d’un déclin inattendu. L’or devenait de plus en plus difficile à trouver, et les dépenses accumulées mettaient Richard sous pression.
Les conditions de vie étaient difficiles pour lui et son équipe. "On dormait souvent près des sites, sous des abris de fortune. Un jour, nous avons découvert un énorme serpent à quelques mètres de nous," raconte Richard en riant aujourd'hui, mais il admet que, sur le moment, la peur les avait tous envahis.
Avec le temps, la persévérance finit par porter ses fruits. L’or fut à nouveau au rendez-vous, redonnant espoir à ses employés. Ces derniers, autrefois moqués par leur entourage, commencèrent à améliorer leurs conditions de vie. "Ils achetaient des motos, envoyaient de l’argent à leurs familles," raconte Richard avec une fierté visible. L’orpaillage, bien qu’ardent, devenait pour eux une source de dignité et de stabilité.
Aujourd'hui, Richard Douin est un homme accompli. Propriétaire de plusieurs biens, il se réjouit de son parcours. Il participe désormais à des séminaires pour partager son histoire et motiver les jeunes à embrasser l’orpaillage de manière légale. "L’orpaillage artisanal, s’il est bien formalisé, peut changer des vies. Je suis la preuve vivante que malgré les obstacles, on peut réussir."
Mais Richard sait également que son succès aurait pu être plus rapide et moins semé d'embûches si les structures et les soutiens adéquats avaient été en place dès le départ. "Le projet planetGOLD Côte d’Ivoire, avec ses initiatives pour formaliser et structurer l’orpaillage artisanal, est une véritable bénédiction pour les jeunes comme pour les anciens dans le secteur," ajoute-t-il.
Ce projet apporte des solutions concrètes aux défis auxquels les orpailleurs sont confrontés, notamment en matière de régularisation des activités, d’accès au financement, et de technologies sans mercure. "L'un des plus grands atouts du projet est de permettre aux artisans miniers de se conformer aux normes légales, d’éviter les dangers de l’extraction avec du mercure et d’explorer des méthodes plus durables et rentables," explique Richard avec enthousiasme.
Pour lui, l’initiative planetGOLD est la clé qui peut véritablement transformer le secteur, en offrant des perspectives aux jeunes orpailleurs et en professionnalisant l’activité. "Si j'avais eu cette opportunité à mes débuts, j'aurais pu éviter de nombreuses erreurs. Aujourd'hui, grâce à cette initiative, la prochaine génération d'artisans miniers pourra bâtir sa carrière sur des bases solides," conclut-il.
L’avenir de l’orpaillage artisanal en Côte d’Ivoire semble prometteur, et Richard Douin espère que de nombreux jeunes suivront son exemple tout en s’appuyant sur les ressources et les opportunités offertes par le projet planetGOLD.
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